Aux racines de la famille Costechareyre, en Ardèche

Cette famille Costechareyre, enracinée en Ardèche, porte en elle une mémoire vivante faite de rudesse, de foi et de transmission.

Il y a des photographies qui ne sont pas de simples images.

Ce sont des passages.
Des seuils.
Des mémoires vivantes.

Celle-ci en fait partie.

Sur cette photo, il y a une partie de ma famille.
Mes arrière-grands-parents… et leurs enfants.

Une fratrie issue de quinze naissances.

Mais tous ne sont pas présents.
L’un n’était pas encore né au moment du cliché.
Un autre, déjà, avait quitté ce monde, emporté trop tôt.

Ce qui demeure ici, ce sont des visages.
Mais surtout, ce sont des vies.

Parmi eux se trouve Joseph, mon grand-père.
Et autour de lui, ses frères et sœurs : mes grandes tantes, mes grands oncles.

Cette famille est née dans la Haute-Ardèche.

Une terre rude.
Une terre simple.
Une terre exigeante.

Là où vivre demandait de la force.
Là où l’enfance elle-même n’était jamais totalement légère.

Marcher pour aller à l’école… longtemps.
Dans le froid.
Dans la neige.
En culotte courte.
En sabots.

Mon père en parlait encore.

Ce n’était pas une image.
C’était une réalité.

Quinze enfants.

Et parmi eux, des destins profondément marqués par le don de soi.

Quatre de mes grandes tantes sont devenues religieuses :

Gustavie devenue Sœur Marie Brigitte, infirmière.

Julie, devenue Sœur Véronique, décédée à seulement 22 ans.
Un âge si jeune pour un tel engagement… et pourtant, c’était leur réalité.

Célie, devenue Sœur Saint Luc, elle aussi infirmière.

Élisa, devenue Sœur Régis de la Croix, décrite comme plus douce, notamment dans son rôle auprès des enfants, et qui a transmis des gestes simples comme la couture.

Deux de mes grands-oncles sont devenus prêtres :
Édouard et Régis.

Maria, l’aînée, est restée célibataire.
Tonton Marcel également, ayant vécu de nombreuses années au sein de la famille.

Ainsi, sur quinze enfants, six ont consacré leur vie à la religion.

D’autres sont partis trop tôt :
deux décédés à l’âge d’un an…
et une jeune vie interrompue à 17 ans.

Au final, seuls cinq ont eu des enfants.

Autant de trajectoires singulières.
Sobres.
Rudes.
Et profondément marquées.

Et pourtant…

De cette lignée est né mon grand-père.

Et lui, à son tour, a donné naissance à treize enfants.

Une forme de continuité.
Presque une réponse.

Mais là encore, la vie n’a pas été sans épreuve.

Le premier enfant est décédé très jeune.
Et mon père est ainsi devenu, par la force des choses, l’aîné de la fratrie.

Je tiens ici à saluer ma cousine Mireille.

C’est grâce à elle, à sa mémoire, à son engagement, et à tout ce qu’elle a su transmettre, que j’ai pu découvrir une grande partie de ces éléments que je ne connaissais pas.

Ensemble, nous avons pu reconstituer un pan de cette histoire familiale.

Et cela a, pour moi, une valeur inestimable.

J’ai également une relation particulière avec mon grand-oncle Édouard.

Un homme d’une grande sensibilité, je crois.
À la fois ferme, doux, et exigeant.

Un jour, très jeune, il m’a confié un livre.

Un livre qui, aujourd’hui encore, me relie à lui.
Chaque fois que je l’ouvre, je ressens sa présence.

À l’époque, je n’avais pas la maturité pour comprendre.
Aujourd’hui, je mesure.

Et j’accueille aussi ce léger regret…
Celui de ne pas avoir pu aller plus loin dans cette relation.

Lorsque je regarde cette photo aujourd’hui, je ne vois pas seulement le passé.

Je ressens une émotion profonde.

Une reliance.

Une connexion vivante avec mes ancêtres, mes aïeux.

Je les ressens, chacun à ma manière.

Présents.
Silencieux.
Aimants.

Et du fond du cœur, je les remercie.

Je les bénis.

Car ils font partie de ce que je suis.

Et peut-être que, finalement, cette photo n’est pas tournée vers le passé.

Peut-être qu’elle nous regarde encore.

Yannick Costechareyre